Une micro-nouvelle.

Modérateurs: Neko, kristoff, Brain.Salad, Florrent

Une micro-nouvelle.

Messagepar Junior » Lun Mai 12, 2014 6:39 pm

C'était une nuit ténébreuse, à la voûte peuplée de nuages noirs malveillants. Son truck filait tout droit sur une de ces routes monotones et désertique. Il affrontait une pluie battante dont les carreaux venaient s'écraser sur le pare-brise comme d'hostiles mais indolores projectiles. Visibilité de merde. Le vent soufflait fort et le véhicule faisait des écarts de plusieurs mètres. Les puissants phares du semi-remorque étaient centré sur la ligne jaune au milieu de la route. Il fallait tenir la trajectoire. Depuis la cabine, on aurait pu se croire dans un de ces chalutiers pris dans une tempête au large des côtes. Un éclair retentit. Et alors, l'image du désert et les silhouettes squelettiques de quelques arbres au cadavre blanchis par le temps mais tenaces vint frapper la rétine comme l'image d'un décor factice éclairé d'un spot lumineux lointain. Pendant que l'image persistait sur sa rétine, Georgio imagina que la soudaine illumination de la pleine avait révélé la gueule immense d'un Godzilla qui s'ouvrait devant lui, prête à l'engloutir. L'esprit embué par une intense fatigue, il visualisa si bien son fantasme qu'un soupçon d'épouvante le gagna. Il s'ébroua pour chasser la torpeur et alluma la radio.

"...vec la création officielle des Z-Corps, il faut savoir que nous n'avons pas simplement mis entre les mains d'un seul homme, Bryan Clark, PDG de la tentaculaire entreprise OneWorld, le pouvoir de diriger une milice privée avec laquelle même l'armée et les forces de polices vont être obligées de coopérer. Dans l'armée personnelle de Bryan Clark, les meilleurs cerveaux du pays vont être envoyés à une mort certaine aux côtés de ce qu'on trouve de pire dans nos prisons, des individus qu'on sortira du couloir de la mort, qui obtiendront une réduction de peine pour un soi-disant service rendu et qui profiteront de la première occasion pour..."

Un éclair retentit et l'image d'une femme à la robe à fleur et aux longs cheveux détrempés, l'air hagard s'approcha à vitesse lumière de sa cabine. Georgio appuya sur le frein des deux pieds, de toute ses forces. Elle avait disparu, le choc n'avait pas plus secoué le truck que les violentes bourrasques qui le ballotaient depuis plus de deux heures maintenant. Pourtant, cette légère secousse avait signifié qu'un châssis supportant un poid de trente-trois tonnes environ avait vu, le temps de deux battements de coeur, le corps d'une femme d'une soixantaine de kilos rebondir plusieurs dizaines de fois entre lui et le sol granuleux de l'asphalte avant de rouler, désarticulé et sans vie, sur la route, son sang s'élargissant autour d'elle sur le sol trempé comme un pétale de rose rouge se diluant dans la rosée matinale.

Le truck finit par s'immobiliser et Georgio se jetta hors de la cabine, à la recherche du corps de sa victime, une lampe torche à la main dont la lumière essayait de se frayer un chemin à travers les trombes d'eau battues par le vent. L'air chaud et la pluie se mêlaient en une danse si bestiale qu'elle semblait tordre et absorber la lumière, et son invitation était si puissante qu'il était difficile de tenir sur ses deux jambes sans être désarçonné par une de ses bourrades.

Depuis treize mois, Georgio vivait seul dans son camion et se pliait aux cadences de route imposées par son employeur. Il passait tellement de temps à rouler qu'il en avait oublié le goût du monde, qui s'était petit à petit restreint à la cabine du semi-remorque, dans laquelle il roulait, dormait, mangeait, roulait, dormait, mangeait... De vieilles réminiscences parvenaient parfois à son esprit anesthésié, comme des clapotis de son imagination qui passeraient par dessus le bord de son enclos et viendraient mouiller son esprit au fond du puit sans vie dans lequel il était venu se terrer, à la fois comme un réveil désagréable et comme une rasade salutaire. Godzilla, c'était le film préféré de son gamin. Il avait fallut lui acheter le jouet, le pyjama, le cartable... Ca faisait un moment, qu'il l'avait pas vu, son gamin. Depuis que son ex-femme avait obtenu la garde. Il se rappelait encore, le jour où il avait fait sa demande. Elle était assise sur un banc, dans un jardin public, un jour de printemps où elle avait mis une belle robe à fleur, et il avait mis un genou à terre et sorti une bague de son écrin.

Pas de corps, pas de sang. Putain, fallait vraiment qu'il commence à lever le pied. A huit miles de là, il y avait une station où il pourrait se garer et s'envoyer un whisky avant de prendre quelques heures de repos, histoire que le jour se lève et que ce temps de merde se calme. En retournant vers la cabine de son truck, Georgio pensa aux putes de luxe qu'ils pourraient se payer dans une virée de rêve à Las Vegas, avec tout le fric des primes que son patron lui versait au black pour rouler 14 heures par jour. Il entendait à nouveau le son de la radio et approchait donc de la portière.

Un éclair retentit. La femme en robe à fleur et aux longs cheveux détrempés se tenaient là, disloquée mais debout. Le rouge de son sang et de sa chair nue contrastait avec la pâleur cadavérique de sa peau. Elle fit un pas vers Georgio et, se faisant, s'appuya sur sa jambe gauche dont le tibia avait percé la peau en une fracture ouverte. Aucun son. Pas de cri de douleur. Lorsque l'écho lumineux de l'éclair pris fin, Georgio avait compris la nature de se qui se tenait entre lui et la cabine verrouillable de son semi-remorque, et de la boîte à gant où il rangeait son revolver. Il éteignit sa lampe-torche, espérant trouver refuge dans l'obscurité de la nuit, et cessa de respirer. Le sang se mit à battre le tambour à ses tempes...

Un nouvel éclair retentit quelques deux secondes après le précédent. Une silhouette encapuchonnée se tenait désormais à côté de la femme en robe à fleurs et aux longs cheveux détrempés. Elle se tenait, à côté de lui, voûtée, prête à bondir mais comme retenue "au pied" par l"homme à la silhouette encapuchonnée. Sous la capuche, deux yeux avaient brillé, comme deux opales blanches. Georgio chercha à fuir. Les trombes d'eau le chahutaient dans sa course à mesure qu'il s'enfonçait dans l'obscurité et que la lueur des phares du poids lourd se faisait lointaine.
Une bourrasque amena avec elle un râle et la suivante un grognement rageur et des mouvements étaient perceptibles dans les ombres autour de lui. Georgio s'immobilisa, essouflé. Avec une résolution macabre, il ralluma sa lampe-torche. Autour de lui se tenaient des hommes et des femmes... Hostiles. Alors, c'était vrai. Alors, ça n'était pas juste un nom de code, un mot générique pour ne pas sombrer dans le "mort-vivant", le "zombie". Tout n'était qu'hostilité, que rage, que soif de carnage et de sauvagerie dans l'attitude de ses créatures qui avaient abandonné leur humanité pour devenir de redoutables prédateurs. Les Hostiles l'encerclaient à une certaine distance, comme si une barrière invisible les empêchaient de s'élancer et de déchirer sa chair avec leurs dents et leurs ongles, ce dont ils trépignaient d'envie comme des loups affamés.

Epouvanté, Georgio ferma les yeux et secoua si fort l'enclos de son imagination qu'il déborda, et vint noyer son esprit de souvenirs et de pensées sans queue ni tête. Les cris de sa femme lorsqu'elle accoucha. Lorsqu'il emmena son fils au SuperBowl. La vision d'une prostituée, Anita, prise en levrette. Son dernier Cornetto.

Il sentit un souffle putride venir de derrière son épaule et sa chaleur hérissa les poils de son dos. Deux doigts glacés glissèrent avec légèreté sur son épaule. A leur contact, son échine se révulsa. La sensation descendit jusqu'au bassin et Georgio sentit sa vessie de libérer de son contenu. Il n'était plus qu'un petit garçon effrayé, dans le noir, au milieu de géants, gueules béantes, prêts à l'engloutir.

Puis la douleur d'une morsure... Et les râles rageurs et affamés de la foule sauvage à la vue du sang qui coule.
Junior
 
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Re: Une micro-nouvelle.

Messagepar krocmor » Lun Mai 12, 2014 9:21 pm

C'est bon!
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Re: Une micro-nouvelle.

Messagepar skaven » Lun Mai 12, 2014 11:05 pm

tres sympa !
skaven
 
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